À Gaza, des complexes résidentiels « surveillés » : une nouvelle ligne rouge franchie
À Gaza, des complexes résidentiels « surveillés » : une nouvelle ligne rouge franchie
Le 28 novembre dernier, une enquête du New York Times a mis en lumière un projet aussi controversé qu’alarmant : la construction, à l’initiative des États-Unis, de complexes résidentiels hautement surveillés destinés à « reloger » une partie de la population de Gaza. Présentés officiellement comme des « communautés sûres alternatives », ces sites soulèvent de graves inquiétudes parmi les observateurs internationaux et les défenseurs des droits humains.
De nombreux observateurs comparent la stratégie américaine à un système d’enfermement à ciel ouvert.
Des « logements » sous surveillance militaire
Ces complexes, prévus pour accueillir entre 20 000 et 25 000 personnes chacun, seraient constitués de structures préfabriquées, avec des écoles et des centres de santé intégrés. Mais derrière cette apparente infrastructure humanitaire se cache une réalité beaucoup plus sombre : chaque site serait encerclé par des clôtures, des routes de patrouille, des caméras de surveillance et des postes militaires.
Un dispositif sécuritaire lourd, dissimulé en partie par une « ceinture d’arbres intérieure », selon les documents cités dans l’enquête. Cette mise en scène architecturale, présentée comme protectrice, rappelle à de nombreux experts des modèles d’enfermement, bien plus que de véritables politiques de relogement.
Une planification politique assumée
Le projet aurait été confié à un ancien ambassadeur américain en Israël, aujourd’hui à la tête d’un institut lié aux accords de normalisation au Moyen-Orient. L’objectif affiché : créer des « zones de stabilité » dans un territoire ravagé par des mois de bombardements, de déplacements forcés et d’effondrement total des infrastructures vitales.
Mais pour les ONG et les analystes, cette initiative ne relève pas d’une aide humanitaire. Elle s’inscrit dans une stratégie politique plus large, où le « relogement » pourrait servir de prétexte à une réorganisation démographique durable du territoire palestinien.
Des parallèles troublants
De nombreux observateurs n’hésitent pas à comparer ces complexes à des camps d’enfermement modernes. S’il ne s’agit pas officiellement de prisons, la restriction des libertés, la surveillance permanente et l’impossibilité supposée de circuler librement interrogent profondément.
Le droit international humanitaire est pourtant clair : le déplacement forcé de populations civiles, surtout en temps de guerre, constitue une violation grave. Créer des espaces fermés, contrôlés militairement, sous couvert de protection, peut difficilement être interprété comme une réponse humanitaire crédible.
Une population déjà brisée
À Rafah comme ailleurs à Gaza, les habitants vivent au milieu des ruines, des cratères, du manque d’eau, d’électricité et de soins. Des familles entières survivent dans des tentes de fortune, endeuillées, traumatisées, privées de toute perspective.
Dans ce contexte, proposer des « logements surveillés » sans véritable consultation de la population concernée n’est pas une solution : c’est un déplacement du problème, une mise sous silence des revendications légitimes d’un peuple à vivre librement sur sa terre.
Humanitaire ou contrôle politique ?
Derrière le vocabulaire rassurant de la sécurité et de la reconstruction, une question demeure : s’agit-il réellement de protéger les civils, ou de mieux les contrôler ?
Construire des logements ne suffit pas à réparer des vies brisées, ni à restaurer la dignité d’un peuple privé de ses droits. Sans perspective politique juste, sans respect du droit international, sans liberté de mouvement, ces complexes risquent de devenir les symboles d’une nouvelle ère d’enfermement plutôt que de reconstruction.
Notre responsabilité collective
Face à ces révélations, le silence n’est pas une option. Les citoyens, les organisations humanitaires et les institutions internationales doivent interroger, dénoncer et exiger des garanties : le respect de la dignité humaine, la liberté des populations civiles et la fin des politiques imposées sans consentement.
Gaza n’a pas besoin de camps déguisés.
Gaza a besoin de justice, de protection réelle… et d’avenir.
Source : L’orient le Jour